• Chapitre 5

    7 juillet, 23 h

     

    La nuit était tombée. Accoudée à sa fenêtre ouverte, les yeux levés vers le ciel piqueté d’étoiles, Mary-Anne revivait la soirée. Elle avait dignement célébré son anniversaire en compagnie de ses amis. Surprise, Alexeï, Typhon et Jézabel lui avaient préparé de concert la plus belle des fêtes : la meilleure table à l’Universalis, le plus sélect des restaurants de la ville réputé pour son ambiance sophistiquée et la finesse de sa cuisine internationale. Repas raffiné arrosé d’un champagne millésimé, violons tziganes et cadeaux originaux. Le tout avait dû leur coûter un sacré paquet de « dryes »

    Le « drye », contraction de Dollar, Rouble, Yuan et Euro, avait été promu monnaie mondiale unique, un an après la formation du premier Gouvernement Universel. En dix ans, il avait remplacé toutes les autres monnaies qui avaient eu cours dans le monde, y compris le jeune Euro de l’an 2002. La plus petite décimale du drye était l’unit. Un drye valait cent units. On ne pouvait faire plus simple !

    Avant d’ouvrir les paquets enrubannés posés devant elle, elle avait soufflé les trente bougies allumées sur le magnifique gâteau d’anniversaire. Elle en avait mangé une part en la faisant passer avec quelques gorgées du frais et pétillant breuvage. Délicieux ! Elle avait accompli tous cela avec un maximum de conviction, pour ne pas ternir la joie de ses amis, leur taisant les affres de sa nuit d’angoisse. À Surprise en particulier.

    Puis le moment venu elle avait déballé ses cadeaux.

    Celui de Surprise l’avait comblée de joie Ce rarissime recueil-papier des plus beaux poèmes de Verlaine avait dû lui coûter les yeux de la tête ! Ce n’était certes qu’une copie conforme d’un original numérisé mais elle savait combien il était difficile désormais, d’obtenir des reproductions sur papier à l’ancienne de telles œuvres à présent pieusement conservées dans des vitrines sécurisées au Saint des Saints de la Grande Bibliothèque du Musée Mondial d’État. Tant d’inestimables chefs-d’œuvre dont il ne restait pas même une trace numérisée, avaient terminé leur glorieuse existence en tas de cendres, dans les flammes du plus gigantesque autodafé de tous les temps lors des épisodes les plus obscurantistes de la Grande Crise !

    Jézabel elle, avait choisi pour elle un flacon ouvragé empli d’un parfum aux fragrances capiteuses de fleurs exotiques, très onéreux certainement, mais la brillante thérapsy pouvait se le permettre.

    Typhon, un peu amoureux d’elle en dépit de son « grand âge », ainsi qu’il se plaisait à dire étant plus jeune qu’elle de sept ans, lui avait galamment noué autour du cou une somptueuse écharpe de soie sauvage.

    - Assortie à tes yeux ! Avait-il déclaré en l’embrassant comme par inadvertance au coin des lèvres.

    Quant à Alexeï en tant que patron, il lui avait généreusement octroyé deux pleines semaines de congés supplémentaires à titre thérapeutique.

    - Je ne veux pas te revoir dans le service avec ces vilains cernes et ce teint blafard ! Avait-il décrété faussement sévère.

    Le clou de la soirée avait été sans conteste le présent envoyé par sa mère, qu’elle n’avait ouvert qu’en dernier. Dans un écrin de cuir noir, sur un lit de velours grenat, elle avait découvert, chatoyant de tous ses feux au bout de sa fine chaine d’or, le plus magnifique des pendentifs.

    Le bijou était composé d’une étoile à cinq branches faite de minuscules émeraudes parfaitement taillées et serties dans de l’or jaune. Elle était entourée d’un cercle de rubis, lui-même disposé au cœur d’un fin triangle d’or dont le sommet était relié à la chaîne. Ses amis éblouis et admiratifs n’avaient pu retenir leurs applaudissements. Surprise s’était saisie de l’objet précieux pour le contempler de plus près. Au bout de ses doigts, la longue chaîne d’or scintillait doucement. Le pendentif lui, éclairé par le lustre de cristal, brillait d’un incomparable éclat et se balançait doucement, chaque élément seulement relié aux autres par un mince fil d’or. Si mince qu’il en était presque invisible. Le mouvement de balancier les faisait tourner sur ce léger pivot qui allait du sommet à la base du triangle. Ils tournaient à la fois ensemble et séparément, comme le font les mobiles à mouvement perpétuel. Surprise semblait fascinée, pour ne pas dire hypnotisée. Quant à elle-même, étrangement ce fabuleux cadeau avait fait revivre son cauchemar et gâché sa joie, elle ne savait pourquoi.

    - Tu veux que je te le mette ? Lui avait demandé son amie excitée.

    - Plus tard ! S’était-elle entendue répondre au bord de la nausée.

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  • Commentaires

    4
    Lundi 10 Octobre à 04:01
    colettedc

    Dommage pour ce cadeau, hélas mais, en saurons-nous le pourquoi ? Bisous

    3
    Dimanche 2 Octobre à 10:29

    Un cadeau qui fait flop, ça arrive. 

    Bon dimanche.

    2
    Golondrina63Auv
    Dimanche 2 Octobre à 07:09

    Merci 

    Je suis venue en plusieurs fois...

    Bonne journée 

    1
    Samedi 1er Octobre à 19:22

    Aïe aïe côté cadeau... amitiés, JB

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